Du service civique volontaire au service national universel. Se servir de la jeunesse et la contrôler. Chronique de Juin par Loïc K

dimanche 30 juin 2019
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Du service civique volontaire au service national universel. Se servir de la jeunesse et la contrôler.

Depuis 2010, le service civique volontaire, critiqué1 par des syndicats comme Asso-Solidaires, a montré la faiblesse de bien des employeurs associatifs face à leurs financeurs.
En effet, après avoir contraint l’accès aux subventions, l’Etat a proposé aux employeurs une main d’œuvre quasi-gratuite, sous couvert d’engagement : le service civique volontaire. Et ils ont accepté.
A ce moment, les employeurs auraient pu écouter ce que proposaient les contradicteurs, souvent leurs propres salarié.e.s. Par exemple, garantir une sécurité économique aux personnes grâce à une hausse des subventions et un retour aux subventions pluri-annuelles.

Ainsi durant cette dernière décennie, des employeurs associatifs ont pu appliquer une recette libérale en réalisant la baisse du coût du travail de la jeunesse. Au nom de l’engagement, ils ont accepté que soit versée une indemnité mensuelle du volontaire de 473€ versée par l’Etat, complétée de 108€ (en nature éventuellement)2 par l’association.
Le service civique n’étant qu’un élément parmi d’autre de la dégradation des conditions de travail en association, que met en lumière la conférence gesticulée3 de Pauline de Bortoli et Yohann Vancassel.

Toutefois, le service civique était volontaire.
Donc, la première liberté était de ne pas devenir volontaire.

C’est ce que le Service National Universel vient contester. Tout jeune doit désormais faire un SNU. L’obligation viendra de l’Education Nationale, qui s’en fait la promottrice4. Ce sont ces agents qui seront amenés à légitimer le dispositif aux yeux des enfants. Précisons qu’avant le mandat d’Emmanuel Macron, l’engagement de la jeunesse était géré par le ministère qui s’appelait Jeunesse et Sport. La Jeunesse a depuis rejoint le ministère de l’Education Nationale, ce qui facilite la mise en œuvre de ce service national.

Pour faire accepter le SNU aux salarié.e.s qui travaillent avec les jeunes, le gouvernement surfe sur le service civique volontaire déjà adopté par des employeurs associatifs. Ils seront la caution5 à l’obligation - et à la militarisation.

En effet, la nouveauté du SNU est d’agir sur le champ des valeurs. Car cette jeunesse s’engage, mais elle s’engage mal. Elle peut être féministe, faire grève et manifester pour le climat, ou pour des études supérieures gratuites, elle peut s’engager aux côtés des gilets jaunes, elle peut se battre pour le bien être animal, ou ne pas jouer le jeu (de l’emploi, des élections, de l’intégration),… il s’agit donc de la faire rentrer dans le rang.

Et certains ont des idées, pour l’école et pour la société. Parmi les contributions d’importance, on peut noter l’offensive idéologique mais aussi expérimentale des réac-publicains6. En particulier, sur la dimension des “territoires perdus de la république” qu’il s’agit pour eux de recoloniser. Ainsi, depuis 2012, les établissements hors-contrat Espérance banlieues7 “promettent d’inculquer aux enfants perdue de la république l’amour de la patrie par le respect du drapeau salué chaque semaine et le port de l’uniforme”8
On voit que libéralisme (en matière économique) et conservatisme (des valeurs) marchent de concert.

La force du SNU est de tout concentrer dans une même politique publique.
Des plus réactionnaires voulant une école des casernes, aux plus “engagés” dirigeants associatifs, en passant par les arguments plus banals comme le brassage social, les promoteurs du SNU espèrent que tout le monde trouvera au moins un point positif qui lui convienne.

1 https://syndicat-asso.fr/le-service-civique-circulez-il-ny-a-rien-a-voir-vraiment/
2. https://www.service-civique.gouv.fr/uploads/content/files/asc_bareme_indemnites_cotisations_v080218.pdf
3 https://www.youtube.com/watch?v=I2LupQm3kx4
4 https://www.education.gouv.fr/cid136561/le-service-national-universel-snu.html
5 https://syndicat-asso.fr/participation-des-associations-au-service-national-universel-leducation-populaire-complice-du-pire/
6 et 8 D’après Grégory Chambat, L’école des réac-pubicains, la pédagogie noire du Fn et des néo-conservateurs, Libertalia, 2016.
7 https://www.questionsdeclasses.org/reac/?Quand-Esperance-banlieues-bat-la-campagne


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